Un automne à Sasoma : jour 5

Au terme de la saison estivale, Clément est parti en « stage » du côté de Sasoma, petit village sur la route de Manali, à 4200m d’altitude. Cette série de 10 épisodes relate ses expériences et sa vie dans ce village aux portes du Changthang, entre leçons d’équitation et découverte des coutumes locales.

Jour 5

La vie sans le Bakston reprend ses droits. Après le petit-déjeuner, j’observe un regroupement d’hommes et de chevaux dans le champ voisin. Puis, un chant s’élève dans le ciel bleu immaculé, une mélopée qui me rappelle des chants amérindiens. Dawa m’explique que ses voisins sont en passe d’écraser la récolte à l’aide des chevaux ; ces derniers ont besoin d’encouragement, d’où les chants. Hormis la voix de femme résonnant dans les montagnes, seuls quelques hémissements viennent troubler le silence. Cette quiétude est enivrante, presque irréelle : le silence est d’or.

Après quelques minutes, je n’y tiens plus, et décide avec Dawa de m’approcher du champ. L’attelage tourne en rond, guidé par un « pilote » au centre. Régulièrement, une autre personne ramène le foin sur le monticule. Spontanément, je me propose pour aider, et commence à rassembler les quelques pousses qui trainent aux alentours. J’aurais pû continuer ainsi des heures durant, mais ils ne le permettraient pas, compte tenu de la technicité de l’exercice suivant : une fois la paille écrasée, ils s’affèrent afin de récupérer toutes les graines. Travail minutieux et délicat! Nous revenons vers la maison, après avoir pôliment refusé le thé que l’on nous offrait de bon coeur.

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Ca y est, cette fois c’est la bonne : la première leçon d’équitation a lieu cet après-midi! Je me prépare entre excitation et appréhension. Dawa et son grand-père préparent les chevaux, les sellent -non sans mal- puis nous nous éloignons peu à peu de Sasoma, vers un plateau désert où nous entrainer en paix. Après un moment de flottement, il est convenu que je monte la jument de Dawa, très expérimentée mais aussi très véloce!

Il me faut d’abord maîtriser les commandements de base : en avant, stop, à gauche, à droite. Le round d’observation n’est cependant que de courte durée : Dawa me presse de lâcher la bride, afin de gagner en vitesse ; la jument n’en demandait pas tant, et part au tripe galop! Encore un baptême du feu express, mais plutôt réussi. Nous nous promenons un peu à travers le village, et malgré de vives douleurs au coccyx, la promenade est un vrai bonheur.

Avant de reprendre le chemin de Sasoma, nous devons aller voir l’oncle de Dawa, qui a engagé des pourparlers avec un habitant du Changthang dans le but d’acquérir deux de ses chevaux. De petite taille mais robustes, ils feront d’excellents chevaux de course, me dit-on. Dawa et son père sont intéressés par l’un d’eux, et alors que Dawa plaisante et me glisse que je ferais bien d’en acheter un, je le prends au mot et décide de « sponsoriser » sa famille. Ce sera une excellente façon de les remercier, pensais-je. Les pourparlers continuent à notre retour, et malgré quelques réticences l’affaire est entendue. Nous procédons alors à une petite cérémonie, sorte de passage de témoin entre ancien et nouveau propriétaire : un peu de beurre est étalé sur le front et les oreilles du cheval, puis on lui passe un khatak autour du cou. Le jeune étalon résiste, efrrayé, et il manque de peu de renverser l’homme du Changthang avec une ruade bien sentie. Le petit a du caractère! Et c’est bien normal, il est encore très jeune : il faudra faire son éducation cet hiver. La famille est très heureuse, tout comme moi. Déjà ils suggèrent de nommer le nouvel arrivant par mon prénom : il semble que je fasse désormais partie intégrante de la famille!

 

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