Un automne à Sasoma : jour 4

Au terme de la saison estivale, Clément est parti en « stage » du côté de Sasoma, petit village sur la route de Manali, à 4200m d’altitude. Cette série de 10 épisodes relate ses expériences et sa vie dans ce village aux portes du Changthang, entre leçons d’équitation et découverte des coutumes locales.

Jour 4

Je ne crois pas avoir jamais aussi bien dormi. Les montagnes se dressent toujours devant la maison de Sasoma, mais elles paraissent moins menaçantes ce matin, et pour cause : déjà, des chants et de la musique s’élèvent du village. C’est jour de fête, aujourd’hui à Sasoma : c’est le jour de « Bakston » est une tradition des plus anciennes et, pour tout ladakhi qui se respecte, un évènement à ne manquer sous aucun prétexte – à condition d’être invité au préalable. Le Bakston peut se dérouler à n’importe quel moment dans les dix années suivant la date officielle du marriage ; cela permet à la famille de se préparer à recevoir des centaines de parents, venant des quatre coins du Ladakh.

La maison de la mariée est toute proche de celle de Dawa, et nous nous y rendons. Les chants des « nyopa », ces grands gaillards chargés d’amener la mariée à bon port, se font entendre. Nous entrons dans la pièce où la famille du marié a pris place. Ils s’apprêtent à emmener la femme dans sa nouvelle demeure. Paré de ma « goncha », la robe traditionnelle, je passe presque inaperçu, à tel point qu’au bout de quelques minutes me voilà propulsé au rang de membre de la famille. Une fois les rites terminés, nous partons en un joyeux cortège vers la maison du marié, où une grande tente a été dressée pour l’occasion. Les rites se poursuivent à l’intérieur, où elle rejoint enfin son bien-aimé. Puis, en un instant, la cérémonie se change en réception, et des centaines de personnes se succèdent à l’entrée afin de faire des dons pour les mariés.

Et quels dons! Votre humble serviteur ayant décidé de prêter main forte, je puis vous dire n’avoir jamais rien vu de tel : des sacs de riz par centaines, accompagnés d’autant de plaquettes de beurre, comme le veut la tradition. Après quelques heures, le centre de la tente est encombré comme jamais. Ajoutez à cela les dons d’argent et les cadeaux plus conséquents (réfrigirateurs et autres) et vous comprendrez combien cette fête est importante, au-delà du plaisir de rassembler sa famille. Durant cette collecte, les danses traditionnelles s’enchaînent au gré des tambours et hautbois, et le « chang », la bière locale, coule à flot. L’ambiance et joyeuse, mais tout de même feutrée, à l’image des ladahis et de leur relative timidité.

Auparavant, les Bakston duraient pas moins de 5 jours, me dit-on durant la cérémonie ; désormais, les gens ont moins de temps, et préfèrent tout « régler » en une après-midi. La foule se disperse donc petit à petit après le déjeuner. Nous revenons dans la soirée, et partageons un moment avec les « nyopa » du jour, tous muletiers travaillant l’été pour diverses agences de tourisme. Je leur promet de faire de mon mieux pour leur donner du travail l’an prochain. L’ambiance est chaleureuse, et je parviens à les faire rire avec mon ladakhi approximatif. La journée se termine comme elle avait commencé, avec des chants et des sourires.

« Daman » ou tambours ladakhis

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